Clim et heures creuses : la réforme déplace le meilleur moment pour refroidir

Mis à jour le · Claude AC · 2 sources citées

Sommaire (6)
  1. Ce que la réforme change concrètement
  2. La seule stratégie qui fonctionne : le pré-refroidissement
  3. Ce que l’on gagne, honnêtement
  4. Faut-il basculer en option heures creuses pour sa clim ?
  5. Ce qui ne marche pas
  6. Questions fréquentes

Pendant quarante ans, l’heure creuse a été une affaire de nuit : on lançait le chauffe-eau à minuit, le lave-linge à 2 h, et l’affaire était entendue. La réforme engagée par la Commission de régulation de l’énergie dans le cadre du tarif d’utilisation des réseaux, dite TURPE 7, casse cette habitude. À partir du 1er novembre 2025 et jusqu’à fin 2027, plus de 11 millions de foyers voient leurs plages d’heures creuses redéployées, avec un basculement d’une partie d’entre elles en plein milieu de journée. Pour un usage estival aussi concentré que la climatisation, c’est un changement de stratégie complet.

Ce que la réforme change concrètement

Le principe de base ne bouge pas : huit heures creuses par jour. C’est leur emplacement qui change, et la raison est simple à comprendre — le réseau ne manque plus d’électricité en milieu de journée, il en a trop. Le parc photovoltaïque produit massivement entre 11 h et 17 h, tandis que la pointe de consommation s’est déplacée vers la fin d’après-midi, précisément quand la climatisation tourne à plein et que le solaire décline.

ÉtapeCalendrierCe qui se passe
Première vagueà partir du 1er novembre 2025les foyers dont les heures creuses étaient mal placées (matin, fin d’après-midi) voient ces plages déplacées
Généralisationfin 2026 à fin 2027l’essentiel du parc bascule, plus de 11 millions de foyers concernés au total
Nouveauté saisonnièreselon la période d’applicationplacement différent en été (1er avril au 31 octobre) et en hiver (1er novembre au 31 mars)

La logique retenue : conserver un socle nocturne, retirer les plages du matin et de la fin d’après-midi, et placer en journée une partie des heures creuses dans la fenêtre 11 h - 17 h, en été surtout. Vous n’avez rien à faire pour en bénéficier — le compteur communicant applique automatiquement les nouvelles plages, et votre fournisseur doit vous notifier votre nouveau calendrier. En revanche, tout ce qui était programmé « à la main » (minuteries, programmateurs d’appareils, prises connectées, programmation hebdomadaire de la clim) reste calé sur les anciens horaires tant que vous ne le reprogrammez pas.

La seule stratégie qui fonctionne : le pré-refroidissement

Déplacer la consommation d’un chauffe-eau est trivial : il stocke de l’eau chaude. Déplacer celle d’une climatisation suppose de stocker du froid, et le seul réservoir disponible est le bâtiment lui-même — dalle béton, chape, cloisons lourdes, mobilier. Le pré-refroidissement consiste donc à faire travailler la machine pendant l’heure creuse de la mi-journée pour amener le logement un ou deux degrés sous la consigne habituelle, puis à remonter la consigne pendant les heures pleines de fin d’après-midi. L’inertie fait le reste.

Un protocole simple, à ajuster sur deux ou trois jours d’observation :

  • 11 h - 17 h (heures creuses d’été) : consigne abaissée de 1 à 2 °C sous votre valeur de confort, volets fermés côté soleil, machine laissée en continu à charge modérée plutôt qu’en marche-arrêt brutal.
  • 17 h - 21 h (pointe) : consigne remontée de 2 °C, ventilation intérieure maintenue. La température dérive lentement vers le haut, sans repasser en inconfort si le bâtiment a de la masse.
  • Après 23 h : retour en heures creuses nocturnes, ventilation traversante si la nuit est fraîche, clim en veille ou en consigne haute pour la chambre.

Ce protocole suppose une consigne de départ raisonnable : le pré-refroidissement n’est pas une autorisation à descendre à 20 °C, il déplace une consommation, il ne la divise pas. Nos repères de réglage sont détaillés dans le guide sur la température de consigne d’une climatisation.

Ce que l’on gagne, honnêtement

Il faut dire les choses clairement : pré-refroidir augmente légèrement le nombre de kWh consommés. Maintenir un logement plus froid plus longtemps accroît les déperditions à travers les parois, donc l’énergie totale. Le gain financier ne vient pas d’une baisse de consommation, il vient de trois effets qui se cumulent et doivent, ensemble, dépasser ce surcoût.

  • L’écart tarifaire. Sur les grilles courantes, le kWh en heures creuses est de l’ordre de 20 à 30 % moins cher qu’en heures pleines. À vérifier sur votre propre facture : c’est le seul chiffre qui compte, et il varie selon le fournisseur et l’offre.
  • Le rendement de la machine. Une clim est d’autant plus efficace que l’air extérieur est frais. Refroidir à 14 h par 31 °C dehors coûte moins de kWh par kWh de froid produit que refroidir à 19 h par 36 °C, un jour de canicule où le pic thermique est décalé en fin d’après-midi.
  • L’autoconsommation solaire. Si vous avez des panneaux, la fenêtre 11 h - 17 h correspond exactement à votre production : le kWh le moins cher n’est plus l’heure creuse, c’est le vôtre. Le sujet est traité dans notre guide clim et panneaux solaires.

Ordre de grandeur : sur un logement à inertie moyenne équipé d’un split de 3,5 kW, un été de 400 heures de fonctionnement représente typiquement 300 à 500 kWh. Basculer les deux tiers de cette consommation en heures creuses fait économiser quelques dizaines d’euros sur la saison — réel, mais modeste. La méthode de calcul complète figure dans notre guide sur la consommation d’une climatisation.

Faut-il basculer en option heures creuses pour sa clim ?

Pas pour la clim seule. L’option heures pleines / heures creuses s’accompagne d’un abonnement légèrement plus cher que l’option de base, et d’un prix du kWh en heures pleines plus élevé : elle n’est gagnante que si une part suffisante de votre consommation annuelle bascule effectivement. Un chauffe-eau électrique, un véhicule rechargé à domicile ou un chauffage électrique la font franchir sans discussion ; quelques centaines de kilowattheures de climatisation estivale, non. Regardez votre consommation annuelle totale et sa répartition avant de changer d’option — et si vous avez déjà l’option, alors oui, il faut caler la clim dessus.

Ce qui ne marche pas

  • Couper complètement la clim aux heures pleines. Le logement se réchauffe, et la machine repart ensuite à pleine puissance pour rattraper : consommation de pointe, inconfort, et déshumidification perdue. Mieux vaut remonter la consigne de 2 °C que d’éteindre.
  • Pré-refroidir un logement sans inertie. Combles aménagés, ossature légère, grandes surfaces vitrées non protégées : le froid stocké s’évapore en une heure. Dans ce cas, traitez d’abord les protections solaires, comme l’explique notre guide pour rafraîchir sans climatisation.
  • Programmer sur les anciens horaires. C’est l’erreur la plus banale de 2026 : la programmation hebdomadaire de la télécommande, réglée il y a trois ans sur des heures creuses de 22 h à 6 h, ne se met pas à jour toute seule.
  • Descendre la consigne très bas « pour stocker plus ». Au-delà de 2 °C d’écart, le surcoût de kWh mange l’avantage tarifaire, et le confort en pâtit — un logement à 21 °C quand il fait 35 °C dehors est un choc thermique, pas un progrès.

Questions fréquentes

Comment savoir quelles sont mes nouvelles heures creuses ?

Elles figurent sur votre facture et dans votre espace client fournisseur, ainsi que dans l’espace client du gestionnaire de réseau. Votre fournisseur doit vous informer du changement avant son application. Ne vous fiez pas aux horaires imprimés sur un contrat ancien, ni à ceux d’un voisin : le placement est individuel et dépend du poste de distribution.

Ma climatisation va-t-elle changer d’horaires toute seule ?

Non. Le compteur applique la nouvelle tarification automatiquement, mais aucun appareil non asservi au signal du compteur ne modifie son programme. La programmation de la clim, celle des prises connectées et celle du thermostat doivent être reprises à la main.

Le pré-refroidissement abîme-t-il la machine ?

Au contraire, plutôt. Une clim inverter fonctionnant longtemps à charge modérée s’use moins qu’une machine qui enchaîne les démarrages à pleine puissance ; les cycles courts sont ce qui fatigue un compresseur. La contrainte est ailleurs : vérifiez que la ligne électrique dédiée est bien dimensionnée, sujet couvert par notre guide sur l’alimentation électrique d’une climatisation.

Pourquoi placer des heures creuses en pleine journée d’été ?

Parce que la production photovoltaïque française est devenue abondante entre 11 h et 17 h, au point de faire baisser fortement les prix de marché à ces heures-là, alors que la tension du réseau s’est déplacée en fin d’après-midi et en soirée. Le tarif reflète désormais cette réalité : consommer à midi soulage le système électrique, consommer à 19 h le sollicite.

Sources

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