Chaleur au travail : ce que l’employeur doit faire depuis juillet 2025
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Chaque été, la même question revient dans les bureaux surchauffés et sur les chantiers : à partir de combien de degrés a-t-on le droit d’arrêter ? La réponse déçoit toujours, parce qu’elle est restée la même — le code du travail ne fixe aucune température maximale au-delà de laquelle le travail cesserait automatiquement. Ce qui a changé, en revanche, et de façon substantielle, c’est ce que l’employeur doit avoir prévu avant l’épisode de chaleur. Depuis le 1er juillet 2025, un décret publié le 27 mai 2025 a créé une obligation de prévention structurée là où il n’existait qu’un devoir général de sécurité.
Pas de seuil légal, mais des repères techniques solides
L’absence de température plafond n’est pas un vide juridique : c’est un choix. Un même thermomètre ne décrit pas la même contrainte pour un salarié assis devant un écran et pour un couvreur qui porte des charges sous un soleil direct. Le législateur a donc préféré une obligation de résultat sur la santé plutôt qu’un chiffre unique. Les préventeurs, eux, travaillent avec des repères d’exposition largement partagés.
| Situation | Repère de vigilance couramment retenu |
|---|---|
| Travail sédentaire en local (bureau, accueil) | au-delà d’environ 30 °C ambiants |
| Travail physique, port de charges, chaleur d’ambiance | au-delà d’environ 28 °C |
| Chantier BTP, forte exposition solaire | l’humidité et l’effort priment sur la seule température de l’air |
| Eau potable et fraîche, chantiers sans point d’eau | 3 litres minimum par jour et par travailleur |
Ces valeurs ne sont pas des interdictions : ce sont des seuils de déclenchement de l’analyse. Elles servent à justifier — ou à contester — les mesures effectivement mises en place. Le paramètre le plus souvent oublié reste l’humidité : à 32 °C, un air à 30 % d’humidité relative laisse la transpiration faire son travail ; le même air à 70 % ne l’évacue plus, et c’est là que surviennent les malaises.
Ce que le décret du 27 mai 2025 a réellement ajouté
Le texte transforme la chaleur en risque professionnel à part entière, avec quatre exigences concrètes.
- L’évaluation obligatoire : le risque lié aux épisodes de chaleur intense doit figurer dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), pour le travail en intérieur comme en extérieur. Un DUERP muet sur la chaleur est aujourd’hui un DUERP incomplet.
- Le déclenchement par la vigilance météorologique : le dispositif s’adosse aux niveaux de vigilance publiés par Météo-France. Le jaune signale un pic de un à deux jours, l’orange et le rouge une canicule installée — et ouvrent, dans le bâtiment, le régime d’indemnisation des arrêts de chantier pour intempéries.
- Un catalogue de mesures : supprimer l’exposition quand le procédé le permet, adapter l’organisation et les horaires, aménager des temps de pause, réduire le rayonnement solaire et l’accumulation de chaleur dans les locaux, fournir des équipements de protection adaptés aux fortes températures.
- L’eau, en quantité et fraîche : l’obligation de mettre à disposition de l’eau potable et fraîche est renforcée, avec ce plancher de trois litres par jour et par personne sur les chantiers dépourvus d’eau courante.
S’y ajoute une obligation d’information et de formation : les salariés doivent connaître les signes d’alerte d’un coup de chaleur et la conduite à tenir. C’est le volet le plus négligé et pourtant le moins coûteux à mettre en œuvre.
Dans un bureau : l’ordre des mesures qui fonctionne
La tentation, en juillet, est d’acheter des climatiseurs mobiles dans l’urgence. C’est rarement la bonne première décision, pour une raison technique simple : un monobloc à une seule gaine rejette dehors l’air qu’il a prélevé dans la pièce, et crée une dépression qui rappelle de l’air chaud par tous les interstices. Sur un plateau de bureaux, le rendement réel est décevant — nous détaillons ce phénomène dans notre analyse du climatiseur mobile.
L’ordre efficace est le suivant. D’abord couper le rayonnement solaire à l’extérieur : stores, brise-soleil, films sur les vitrages exposés à l’ouest, qui sont les plus pénalisants en fin de journée. Ensuite, purger la chaleur la nuit par une sur-ventilation quand la sécurité du bâtiment le permet. Puis réduire les apports internes : un plateau dense en écrans, serveurs et éclairage ancien produit plusieurs kilowatts de chaleur gratuite. Enfin seulement, envisager un système fixe correctement dimensionné — cassette en faux plafond ou gainable selon la configuration, et non une flotte d’appareils d’appoint. Le calcul de puissance est expliqué dans notre guide du dimensionnement.
Et si les locaux sont déjà climatisés ?
Une installation existante ne dispense de rien. Elle doit fonctionner, ce qui suppose l’entretien périodique et le contrôle d’étanchéité prévus par la réglementation, et elle doit être réglée intelligemment : un écart supérieur à sept ou huit degrés avec l’extérieur provoque des chocs thermiques désagréables et n’améliore pas la productivité. Les consignes utiles et leurs effets sont détaillés dans notre guide du réglage de température. Une climatisation mal entretenue peut par ailleurs devenir elle-même un sujet de santé au travail, ce que rappelle notre dossier climatisation et santé.
Travail en extérieur : le régime le plus exigeant
Bâtiment, travaux publics, agriculture, logistique, espaces verts : ce sont les secteurs où la chaleur tue. Les leviers y sont moins technologiques et plus organisationnels. Décaler la journée sur le début de matinée, réserver les tâches lourdes aux heures fraîches, imposer des rotations et des pauses à l’ombre, prévoir un point d’eau accessible sans traverser tout le site, ne jamais laisser un salarié isolé dans une zone chaude. Les maîtres d’ouvrage et les coordonnateurs sécurité sont explicitement visés par le décret : la prévention se joue aussi au moment de la planification du chantier, pas seulement le matin de la canicule.
Ce que peut faire un salarié
Trois voies existent, dans un ordre de gradation. Signaler la situation à l’encadrement et au comité social et économique, dont la commission santé et sécurité peut demander une inspection et des mesures. Saisir l’inspection du travail, qui peut mettre en demeure l’employeur. Et, dans les cas où l’on a un motif raisonnable de penser que la situation présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, exercer le droit de retrait, sans sanction ni retenue de salaire — un droit réel mais encadré, qui s’apprécie au cas par cas et non par la seule lecture d’un thermomètre.
Un point mérite d’être connu : la chaleur ne relève pas seulement du confort. Un coup de chaleur survenu au travail est un accident du travail, avec toutes les conséquences que cela emporte pour l’employeur. C’est ce qui donne au décret de 2025 son poids réel, bien au-delà de la simple bonne pratique.
À la maison, la même logique s’applique
Les salariés en télétravail ne sortent pas du champ : l’employeur reste responsable de leur santé, même si les moyens d’action sont évidemment plus limités. En pratique, cela se traduit par de la souplesse horaire pendant les épisodes de vigilance plutôt que par un équipement financé. Pour le logement lui-même, les leviers passifs restent les plus rentables, et ils sont réunis dans notre guide pour rafraîchir sans climatisation. Sur la fréquence croissante de ces épisodes, notre dossier sur les canicules en France donne la tendance de fond.
Questions fréquentes
Existe-t-il une température à partir de laquelle on peut arrêter de travailler ?
Non, aucun texte ne fixe de plafond général. L’arrêt éventuel découle de l’analyse du risque : type d’activité, humidité, durée d’exposition, état de santé des personnes. Dans le bâtiment, l’arrêt de chantier pour chaleur relève du régime des intempéries et suppose une décision de l’employeur, appuyée sur la vigilance météorologique.
L’employeur est-il obligé d’installer une climatisation ?
Le décret impose un résultat — protéger la santé — et non un équipement précis. Ventilation, protections solaires, réduction des apports internes et organisation du travail peuvent suffire à démontrer que l’obligation est remplie. La climatisation devient difficilement contournable lorsque ces leviers sont épuisés et que les températures restent excessives, notamment dans des locaux sans ouvrants ou en étage sous toiture.
Que risque un employeur qui ne fait rien ?
Une mise en demeure de l’inspection du travail, la reconnaissance d’un accident du travail en cas de malaise, et l’éventuelle caractérisation d’une faute inexcusable si le risque était connu et qu’aucune mesure n’avait été prise. Depuis juillet 2025, l’absence de volet chaleur dans le DUERP constitue en soi un manquement identifiable.
Les trois litres d’eau par jour s’appliquent-ils à tous les salariés ?
Ce plancher vise les chantiers du bâtiment et des travaux publics dépourvus d’eau courante. Partout ailleurs, l’obligation reste de fournir de l’eau potable et fraîche en quantité suffisante à proximité des postes — sans volume chiffré, mais avec une exigence de fraîcheur qui exclut la bouteille tiède oubliée dans un local.
Sources
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